Devoirs de Vacances

Écrit en juillet 2019.

 

 

Et si les choses n’arrivaient pas totalement par hasard? Vous avez 4 heures.

 

Allez, je sais que le bac est terminé pour cette année et que ce qui nous préoccupe le plus en cette période estivale c’est de savoir s’il y a assez de rosé dans le bac (à glaçons). Je me suis donc dévouée pour essayer de réfléchir à l’épineuse question du hasard entre deux séances de tartinage de SPF 50.

 

Je préfère vous décevoir tout de suite, j’en sais rien. Par exemple : il y a quelques semaines j’ai pris un abonnement à Cinetek. Vous connaissez ? C’est un site internet qui présente chaque mois une sélection de films du XXème siècle. Les films sont choisis par des professionnels du secteur, pas par un obscur algorithme qui adapte la sélection à votre «profil». Un soir, par hasard, on choisit de regarder «Nos plus belles années», film américain de 1973 avec Robert Redford et Barbra Streisand. Vous allez me dire qu’un couple qui regarde un film un soir est un événement banal et vous aurez raison. Ce qui l’est moins, c’est que dans les semaines qui ont suivi j’ai entendu parler de ce film plusieurs fois, j’ai retrouvé des images du film dans des magazines et entendu la B.O. tellement de fois à la radio que je la connais presque par cœur. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

 

Eh ben rien du tout, ça ne veut rien dire du tout. C’est un hasard total, parce qu’il n’y a aucun lien de causalité entre les événements et une absence totale de préméditation, même si j’aime assez l’idée de préméditer Robert Redford. Ce hasard est OBJECTIF parce que je le constate, selon la théorie d’André Breton, il entre dans la catégorie de la SYNCHRONICITE car j’associe ces événements qui a priori sont totalement indépendants, selon la théorie de Jung et, enfin, la constatation de ce hasard est totalement subjective, puisque je suis la seule au monde à relier ces événements.

 

N’ayez pas peur, restez avec moi, c’est juste pour dire que tout un tas de gens super intelligents se sont penchés sur l’épineuse question du hasard, et que personne n’a la réponse. Et ça tombe bien parce que ce n’est pas vraiment le sujet qui m’intéresse. Je ne cherche pas à découvrir le sens des événements qui se produisent mais pourquoi ils se produisent et une seule chose est sûre : les événements existent uniquement si on prend le temps de les observer.

 

Là, vous vous dites que je suis mignonne avec mes théories scabreuses, que même si vous êtes en vacances et que vous avez plus de temps que d’habitude, ce n’est pas une raison pour le perdre, ce temps précieux justement. Non ?

 

Eh bien si, précisément parce que vous êtes en vacances et qu’il est plus facile de ralentir la cadence, je vous demande de le perdre ce temps si précieux. Laissez un peu de place aux événements. Marchez au ralenti, déambulez le nez au vent, empruntez tous les jours un chemin différent, perdez-vous dans les ruelles, goûtez des choses nouvelles, ne suivez pas les recettes de cuisine jusqu’au bout, laissez l’inattendu envahir votre quotidien et SURTOUT SURTOUT SURTOUT ouvrez bien grand vos yeux et vos oreilles. C’est en sortant de la routine, en quittant le familier pour l’inconnu, qu’on peut dénicher le merveilleux et cultiver les heureux hasards pour enchanter sa vie. On se dira qu’on a eu trop de chance de tomber par hasard sur untel ou une-telle qu’on n’avait pas vu(e) depuis 1000 ans juste parce-que on a pris un chemin différent, ou encore, qu’on a eu trop de chance de découvrir cette petite crique isolée parce qu’on s’est trompé de chemin et qu’on a décidé de continuer plutôt que de faire demi-tour.

 

Nous serons des chanceux, de ceux qui ont la baraka. Je l’ai lu quelque part, «la chance est la faculté de saisir les bonnes occasions», et on est d’accord, pour saisir les bonnes occasions qui se présentent souvent par hasard, il faut savoir les voir, d’où mon injonction à ouvrir les yeux.

 

Mais vous allez vous en rendre compte, ce que je vous demande de faire n’est pas si facile. En 2019, tout ce qui nous entoure converge dans un étroit faisceau délimité par des œillères restrictives. Les playlists personnalisées, par exemple, nous font écouter de la musique qu’on aime, certes, mais uniquement de la musique qu’on aime, Netflix et compagnie: même combat. Les films proposés seront systématiquement en rapport avec notre «profil». Les algorithmes nous enferment dans des cases auxquelles le hasard ne peut plus frapper.

 

Luttez pour sortir de la case et enrichir votre «profil», ouvrez les yeux et prenez le temps d’analyser ce que vous voyez et, last but not least écoutez la radio : qui sait, vous entendrez des chansons oubliées qui vous rappelleront des souvenirs heureux. Et si vous entendez Barbra ce ne sera qu’un heureux (ou malheureux) hasard qui vous fera penser à moi.

 

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Devoirs de Vacances »

  1. maud

    Tellement mais tellement vrai ! ouverture = chance = richesse = vie. ça tombe bien, dès demain 5 décembre on est obligé d’adapter son itinéraire… l’occasion de nouvelles rencontres !! Et n’oubliez pas d’écouter RFI, la Voix du monde (et le technicien de mon coeur).

    Répondre

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